L'ikebana

UN ART MINIMALISTE ET SINGULIER

L’Ikebana, littéralement « fleurs vivantes », mot qui désigne en japonais l’arrangement floral, est fondé sur certains principes artistiques reconnus dans le monde entier.

L’amour de la ligne, si caractéristique de toutes les formes de l’art en Orient, marque l’art floral japonais, et le distingue de tous les autres. Comme en calligraphie, le blanc est aussi nécessaire que le tracé. L’harmonie des couleurs, l’association juste des végétaux – tiges, feuilles et branches y figurent au même titre que les fleurs, le choix du contenant, les caractéristiques propres aux masses et aux lignes, tous ces éléments essentiels nous deviennent familiers en Ikebana. Il nous ouvre des portes insoupçonnées et fait regarder autrement.

LA VOIE DES FLEURS

L’Ikebana est aussi appelé « Kadoo », la voie des fleurs. Le cheminement du processus créatif s’apparente à une cérémonie, presque plus importante que l’oeuvre finie. Trouver une intériorisation où les limites entre soi-même et les fleurs, entre le sujet et l’objet disparaissent.

``LA MISSION DE L'ART N'EST PAS DE COPIER LA NATURE, MAIS DE L'EXPRIMER`` HONORÉ DE BALZAC

Le style Sogetsu

UNE ÉCOLE D’AVANT-GARDE

En Ikebana, à chaque école, sa propre vision. L’école Sogetsu connue pour son esprit libre, expérimental et d’avant-garde, fut créée en 1927 par Sofu Teshigahara. Son génie a été de combiner liberté et imagination, avec l’appui et la connaissance des techniques antérieures d’Ikebana. Proposant une interprétation de la nature jusque là inédite, il bouscule les traditions et est surnommé le Picasso de l’Ikebana. Masse, couleur et ligne sont les composantes essentielles de ce style.

SA PHILOSOPHIE

Le style Sogetsu est proche de la sculpture, on modèle les éléments. Savoir utiliser l’espace : d’un Ikebana de plusieurs mètres disposé dans un lieu public jusqu’au petit vase chez soi mettant en valeur juste une fleur.

Selon Sofu, les fleurs sont figuratives, l’Ikebana Sogetsu est abstrait et libre. Il ne s’agit pas de copier la nature, mais de la métamorphoser. Créer une vision autre, rechercher des expressions toujours nouvelles, s’efforcer de ne pas s’enfermer dans un style, rester ouvert sans pour autant reproduire.

Utiliser toutes sortes de matériaux plus ou moins conventionnels, tels le métal, le plastique ou tout autre élément détourné. Considérer les fleurs comme un moyen d’expression parmi une multitude d’autres possibles.

L’essence de l’Ikebana Sogetsu repose aussi sur l’asymétrie, un symbole de l’esthétique japonaise. L’harmonie dans le déséquilibre. L’espace vide se crée là où l’inutile a été enlevé. Un jeu de volumes en trois dimensions. On ne cherche pas à combler. Comme disait Sofu, « Lorsque je crée un Ikebana, je ne regarde pas la fleur, je regarde l’espace que j’ai créé avec cette fleur, je regarde la marge ».

Un style d’avant-garde qui sublime le potentiel insoupçonné des végétaux, même les plus communs, et nous surprend à chaque nouvelle création. On doit être surpris, faire des découvertes, révolutionner ses propres idées.

UNE BELLE HISTOIRE DE FAMILLE

Succède à Sofu, sa fille Kasumi, avec un style très féminin et néanmoins extrêmement fort, puis son fils Hiroshi. Maître dans l’art d’occuper l’espace de façon très insolite, envoûtante, il exploite l’utilisation du bambou à la perfection. Aujourd’hui, la petite-fille du fondateur de l’école, Akane Teshigahara continue l’oeuvre familiale avec beaucoup de dynamisme.

FAIRE SES GAMMES…

Afin d’être imprégné du mieux possible par cette école libre et expérimentale, il faut dans un premier temps, comme dans tout art, étudier ses bases avec précision. Pour cela, des livrets tels des supports d’apprentissage avec des schémas indiquant avec précision inclinaison et orientation des modèles de base, sont à notre disposition.

Au fil des leçons, la courbure naturelle d’une branche et l’angle avec lequel elle s’exprimera le mieux, ou plus tard dans l’apprentissage, quelle transformation on désire lui apporter pour la rendre différente, l’harmonie des couleurs, l’association juste des végétaux, les caractéristiques propres aux masses et aux lignes, tous ces éléments essentiels nous deviennent de plus en plus familiers.

… POUR SE RÉVÉLER

Créer des formes, interpréter la nature d’une façon très personnelle, se surprendre, innover, oser des associations improbables… On apprend à trouver l’inspiration au fond de soi, cela devient un moyen d’expression. Chaque composition étant unique, elle reflète l’état d’esprit du moment.

Et lorsque l’Ikebana est terminé, on est reconnaissant envers ces végétaux et matériaux qui nous parlent différemment, on réalise à quel point ils deviennent surprenants grâce notre imagination. Leur transformation est infinie.

Ce style s’adapte aisément à notre vie moderne, il vit avec son temps, s’inspire du lieu où il est. C’est l’état d’esprit du compositeur à un moment donné.

Odile Carton

UNE PASSION DEPUIS PLUS DE 30 ANS

Odile Carton a vécu 12 ans au Japon et a découvert l’Ikebana lors de son premier séjour en 1984. Elle a suivi l’enseignement Sogetsu au Japon en japonais auprès de Madame Hosokawa puis au siège social de l’École de Tokyo avec différents maîtres dont Hiroshi Teshigahara, fils du fondateur de l’École, puis de sa petite-fille, Akane. Dans les années 90, elle obtient son premier diplôme de professeur et en 2016, elle passe avec succès le grade Komon.

Depuis son retour en France en 2001, elle enseigne le style Sogetsu dans son atelier parisien et à la Maison de la Culture du Japon de Paris (MCJP). Sous l’égide d’Ikebana International Paris, elle y réalise régulièrement des démonstrations et des expositions. Elle organise également plusieurs fois par an, des stages à Paris et en province. En parallèle, elle continue son perfectionnement en allant chaque année au Japon pour suivre différents ateliers à Sogetsu Kaikan.
Son nom de maître est « Hou Ou » (prononcer « Hoo Oo »). « Hou » est l’un des 2 kanjis de maître de son « professeur maternel » et signifie parfum végétal. « Ou » signifie Europe. Ces 2 kanjis ont été choisis tout naturellement par son professeur Madame Hosokawa.